Un soleil radieux illuminait la maison en cette belle matinée d'été. Des rayons s'engouffraient par la fenêtre ouvert, éclairant une jeune fille endormie, couchée dans son lit.
La jeune fille remua, puis se réveilla, en bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Elle se leva, et, retrouvant ses forces, descendit en courant l'escalier, et s'élança dans la cuisine, où elle s'arrêta brusquement. Dans la petite pièce se trouvait une femme entre deux âges, qui faisait chauffer du lait dans un pot de terre, sur un feu aménagé en vitesse dans un creux du mur, tout juste assez grand pour accueillir un chat couché en boule.
-Bonjour, Aela. Tu as bien dormi ? demanda la femme en se tournant vers elle.
-Oui, Orora. Merci, répondit la jeune fille en s'inclinant.
Elle s'assit à la table, et se mit à réfléchir tout en buvant le lait que lui avait tendu Orora.
Elle n'avait toujours pas compris, bien que cela fasse quinze ans qu'elle vivait avec sa mère, pourquoi cette dernière s'obstinait à vouloir que sa fille l'appelât par son prénom, alors qu'Aela aurait préféré l'appeler "maman", comme les autres. De plus, sa mère lui avait demandé de lui parler comme si elle se trouvait en présence de son maître, de sorte qu'elle devait la vouvoyer, s'incliner devant elle, et lui parler avec respect, sans marques ni gestes familiers. Aela n'avait jamais connu le véritable amour d'une mère, du moins le pensait-elle.
Durant ces quinze années, Orora avait enseigné à sa fille tout ce qu'elle savait, et ses connaissances étaient vastes, allant des propriétés des plantes à la théorie de la magie (Orora était une des rares praticiennes de la magie, mais elle avait jugé préférable de n'enseigner à sa fille que la théorie), en passant par le maniement du poignard, et les différentes méthodes de survie.
En bref, Aela était "au top", ou du moins c'était ce dont elle avait l'impression. Enfin... Sa mère s'arrangeait toujours pour lui prouver qu'elle avait tort en lui apprenant de nouvelles choses.
Mais Aela avait appris à vivre avec sa mère, et elle était habituée à ses manies. Malgré le fait qu'elle fut toujours très exigeante, Aela l'aimait beaucoup.
Un jour, sa mère lui avait offert un petit sachet de soie rouge, sur lequel était cousu un rubis. Aela était émerveillée par la beauté de la pierre, et avait voulu l'ouvrir pour voir si ce qui se trouvait à l'intérieur était tout aussi beau que la pierre. Elle l'ouvrit donc, regarda à l'intérieur, et s'écria:
-Mais il n'y a que des cendres !
-Le moment venu, quand tu seras au meilleur de toi-même et que tes véritables forces seront révélées, tu verras que ce qui sortira du sac sera cent fois plus beau que le rubis que tu vois là, lui répondit Orora.
Malgré les paroles réconfortantes de sa mère, Aela était déçue. Mais elle avait décidé d'attendre, et d'espérer que ce moment arrive bientôt;
Elle avait rangé le sachet dans un coffret en bois, sculpté avec une extraordinaire précision.Elle tenait ce coffret de sa grand-mère, qui était morte lorsqu'elle avait sept ans. Elle l'aimait énormément, et l'avait beaucoup pleurée.
Pendant les deux ans qui suivirent le jour où elle avait reçu le sachet au rubis, il ne s'en passait pas un sans qu'elle essaya de se "tester" auprès de lui. Mais comme les cendres restaient des cendres, elle abandonna vite, ne regardant le sachet que toute les semaines, puis tous les mois... Malgré tous ses efforts, le contenu du sachet restait le même. Et cela faisait un an qu'elle n'y avait pas touché.
Elle décida soudain de réessayer, en se disant qu'elle n'avait rien à y perdre.
Ayant fini son petit déjeuner, elle sortit de la cuisine, remonta l'escalier, et, dans sa chambre, se dirigea vers l'armoire dans laquelle elle rangeait tous ses "trésors". Elle l'ouvrit et chercha le coffret des yeux. Il n'était pas là.
Pire encore, le sachet au rubis avait disparu.